Gamin, je fus comme un lapin sorti de son trou, galopant sur les collines de l'innocence, celles d'une enfance libre de pensées et de mouvements. J'étais né dans les campagnes et forêts pour gagner ma vie d'adulte. Fils d'agriculteurs, je courais au travers les herbes hautes en courtes culottes, heureux d'être de ce monde. Vifs et fiers, j'arpentais gaiement la contrée sans limites et sans faim. Le gosse avait bon appétit. Le sourire aux lèvres, les jambes sales des gambades folles et boueuses, il se raillait de tout. Il sentait bon la joie de vivre.
Au fil du temps, il dut bon gré mal gré grandir. L'école, d'abord, l'éloigna de sa cour de récréation, mère la nature s'éloigna. Il devra courber l'échine et abandonner les bretelles pour le pantalon afin d'acquérir les connaissances d'un monde en mutation. La clef du succès lui avait-ton dit ! Enfermé à double tour dans un sinistre internat, il broiera du noir. Sa révolte sera mal perçue. Déclaré rebelle, il se sentira exclu car refoulé sinon isolé. Déjà, ses paroles et écrits dérangeaient. L'acidité de son encre perçait la cuirasse des consciences.
Il n'en démordra pas l'animal. Déjà, il aimait les femmes au point de s'en entourer d'une pléiade de gente dame. Il donna sa parole à une fille qui l'accompagna en bonne et due forme. Deux fils suivront leurs pas. Relevant les défis tels des ponts-levis, il amoncela un tas d'expériences qui lui nourrit l'esprit et rendit son corps alerte au travers moult tempêtes et tourments. Déchiré par des années de labeur, meurtri par des accidents, le couple se chiffonna comme une feuille de papier sous l'effet de la sécheresse. Divorcé, revoilà l'homme seul sur les chemins d'alors. Il se revoit tout petit sur les sentiers d'antan humant à nouveau l'odeur de la terre. Retrouvant son instinct de chasseur, il reprend du poils de la bête. Seul le décor a changé, le monde est resté aussi cruel qu'auparavant. Du bois de la Houssière au château de la Follie en passant par le trou des fées, c'est toute l'histoire qui remonte dans les veines. Il ira au charbon. C'est ainsi qu'il reprend conscience de celui qu'il est, un homme des bois plein de bon sens, quelqu'un qui croit à l'instinct plus que de raison. Un amant qui aime par essence parce que les rapports sont innés, sincères et profonds, authentiques et puissants.
Tant furet, tantôt truite, hier lapin ou sanglier, espiègle et fonceur, il se confond avec plaisir aux animaux qui errent dans nos émois car aux abois d'une société envahissante. Un Wasa à l'européenne. Pour se faire, il se doit de rester libre, même s'il aime être aimé. Il y a une fin à tout !
Le poisson est plus qu'un signe, c'est aussi une manière d'être, à la longue de tourner autour de l'hameçon, le risque de se faire prendre devient fort. A moins que cela le titille !
Oui, je veux vivre, encore et seulement. Pour cela, rien ne peut être comme auparavant.
Car pour elle, je perdrais la tête. Répète. Pour qui, pécherais-tu donc... ? Le silence l'emmure. L'écho est féminin, c'est sûre. Au-delà, tout reste dans le mystère d'une relation en devenir La seule réponse connue, c'est que j'aime la difficulté du beau, le mal du bien, fruit interdit du plaisir. Que Eve me laisse toucher à sa pomme d'Adam afin que je suis épouser ses rêves et caresser ses lendemains, voilà un destin ? Sera-ce le mien ? En tout cas, en me livrant à elles, à la femme d'abord, à la littérature son miroir ensuite, je me lie pour le meilleur et le pire sans fond de tain au culte de l'amour. Suis-je si bête ?
Allez. Cul sec ! Je bois la vie jusqu'à la lie.