La vie est chère.
Qu'est-ce que cela signifie ? D'abord, le prix des choses n'a pas la même valeur pour tout le monde. Là-bas, au loin, des familles dépensent un dollar par jour pour se nourrir alors que d'autres vont au restaurant. Ensuite, il y a le fruit du travail. L'entreprise se doit d'être récompensée pour ses efforts et prises de risques. Il n'en va pas de même pour les oisifs.
La différence est notoire. Enfin, c'est ce que les Occidentaux pensent car personne n'imagine la situation autrement.
Depuis la nuit des temps, il y eut des riches et des pauvres, un partage qui s'impose comme une suite logique, la rançon d'un monde en mutation. L'évolution des techniques bouscula les m½urs apportant avec elle son lot de changements dans les modes de vie interférant sur la manière d'être et les rapports entretenus de chacun. L'adaptation sera fulgurante imposant son chapelet de remises en question. La société a effectivement subi ces dernières décennies de nombreux bouleversements, renfermant les gens dans leur tour d'ivoire. Pris au piège, ceux-ci perdirent leurs points de repères, oubliant racines et attaches pour sombrer dans la mélancolie.
Erreur fatale. Jeunes et pleins d'espoirs, ils pensèrent devenir leur propre guide afin de connaître l'essor espéré loin des heurts et malheurs de leurs parents. L'aventure sera de courte durée. L'isolement les fragilisant à l'extrême, ils s'essoufflèrent très vite.
La course au bien-être se payera au prix fort, les décrochages se multiplièrent. En conséquence, aujourd'hui, le lot des défavorisés est dominant dans le peloton. Seuls les meneurs peuvent prétendre suivre le rythme infernal des augmentations des biens de consommation, tous les autres sont distancés. La montagne joue son rôle de juge de paix. La sélection est impitoyable, les plus faibles lâchant prise très tôt tandis que les autres s'accrochent pour aller jusqu'au bout de leurs forces, juste un répit.
La diminution des ressources allant de pair avec une croissance démographique galopante, l'augmentation des coûts devient inévitable. C'est la loi de l'offre et de la demande. L'échelle des valeurs est revue et corrigée sans cesse par le pouvoir économique en place, faisant fi des souvenirs et émotions trop immatériels que pour être inventoriés. L'objet du contrat c'est l'échange d'un service ou d'un bien de quelque nature qu'il soit. Le montant de la transaction sera en rapport direct avec l'importance attribuée au transfert. Et c'est ici qu'interviennent les diverses manipulations à des fins purement spéculatives. La rareté est entretenue car elle positionne le produit comme incontournable. L'acheteur s'il veut acquérir l'objet de ses désirs dépend alors du bon vouloir du vendeur. Celui-ci n'a pas le choix.
Fustigés par la publicité, les besoins dans le monde moderne deviennent non seulement nécessaires mais indispensables. Ce n'est plus une condition de survie mais d'existence en ce sens que l'homme moderne ne peut plus s'exprimer autrement qu'au travers cette mode. L'apprentissage a développé une multitude d'accessoires et autres artifices qui habillent afin de paraître au mieux des convenances. Une facilité qui trompe.
« L'habit ne fait pas le moine » trouve de nos jours un écho nouveau, celui du leurre. Car pour convaincre, tous les moyens sont bons. Le machiavélisme à outrance. A ce jeu de dupe, le quotidien sonne faux. A force de se maquiller pour faire illusion, l'être se perd dans les dédales du rêve, ne devenant que le spectre de lui-même, un pâle reflet d'une image de son temps. Dorénavant, il n'existe plus comme tel. Repris sous un numéro matricule, parfois avec un indice de performance, il est fiché numériquement. Réduit à un code à barre.
Dans ces conditions, il est évident que les échanges commerciaux flirtent souvent avec l'éthique car le profit n'a pas de limites. Il est une faim en soi.
Comme l'appétit vient en mangeant, la recherche du gain devient alors le leitmotiv de toute une série de marchands de tapis qui profiteront de la situation pour améliorer leurs bénéfices, coûte que coûte.
« Dans les affaires, pas de sentiment ! » « A l'assaut, pas de quartier ! »
La démarche est identique, seul le contexte diffère, donnant l'impression aux premiers d'être dans un monde civilisé alors que les méthodes sont à la fois fermes et brutales, dignes des autres. Qu'est-ce qui les différencie ?
Je laisse la réponse en suspens car en ce qui me concerne ce qui est cher pour moi, c'est l'amour des miens et de mes porches. Ceux-là même qui dans la tourmente jettent un regard compatissant au voisin et leur tendent la main par fraternité. Le reste n'est qu'argent.