Un nouveau fléau frappe. Alors que la science et les progrès technologiques devaient améliorer notre bien-être, c'est l'inverse qui se produit. Jamais, les populations n'ont été ainsi mises en péril. Cancer, sida et peste aviaire, mais aussi stress et autres déchéances d'ordre psychologique guettent n'importe qui. Avec l'insécurité croissante, le danger est partout. Dans ce marasme, le pire arrivant. Depuis peu, de récents phénomènes accroissent encore cette instabilité au point d'ameuter les foules tant le mal par mimétisme s'insinue en nous. Sournoisement, il fait corps au point de s'oublier avant d'agir. Point de virus, pas de signes extérieurs, rien de palpable sinon qu'un état général plutôt inquiétant peu perceptible à l'½il nu. Le drame est là. Comment savoir qui est atteint ? Quels sont les conséquences ?
Les diagnostics sont formels, la situation est grave. Sans coup férir, les patients deviennent des morts vivants. Devant le danger, les gens se taisent, se renferment.
Le seul élément disponible à ce jour vient d'une cartographie des zones à risque qui semblent correspondre aux banlieues où se concentrent d'importantes voies de circulation. Est-ce lié à la pollution ? Possible ! En tout cas, les causes sont multiples, la propagation rapide. Du jour au lendemain, des gens comme vous et moi seuls ou en famille, avec ou sans travail, basculent dans l'ombre. Sans comprendre ce qu'ils leur arrivent, leur comportement est subitement altéré. Pris d'une angoisse terrible qui les étouffe, ils désespèrent de tout. Des gestes fous s'ensuivent. Certains minés de l'intérieur quittent leur lieu de travail sans prévenir, d'autres s'enfuient de chez eux sans explication aucune. Un point commun les distingue, leur course effrénée vers un but lointain. Cet empressement crée une cohue générale. Dans les gares, en rue ou même dans les magasins, un simple brouhaha suffit pour générer le désordre, voire la panique. Sitôt quelques cris qu'une ruée pousse tout le monde dehors. A ce rythme chacun se regarde en chiens de faïence soupçonnant son voisin d'entre être.
Et pourtant les apparences sont trompeuses. D'aspect, ils semblent normaux. Il faut bien les ausculter de long en large pour s'apercevoir que quelque chose ne tourne pas rond en eux. Déjà, ils ne rient pas, sont souvent nerveux et irritables et agressent volontiers à tout-venant. Des grincheux, il en existe depuis la nuit des temps. C'est nettement insuffisant pour les démarquer ? Non. A ce jeu-là, la moitié de la planète serait concernée.
Ce n'est pas encore le cas. Enfin, presque !
Pour cela, il faudrait guérir. Le problème, c'est qu'aucun scientifique n'a pu déceler quoique ce soit. On n'en sait moins sur le sujet que pour le Sida. C'est tout vous dire.
La confusion régnant, les hypothèses fusent. Les uns y voient l'intervention de forces extérieures, d'autres l'effet pervers du réchauffement du globe, enfin l'émanation de gaz tueraient nos cellules rendant l'être amorphe, digne du zombie. De quoi faire de bons morts vivants. Le constat est terrifiant.
Souvent, dans les textes anciens, il est fait mention qu'après décès, des êtres errent sur terre faute d'avoir pu gagner l'univers de l'au-delà. Dès lors, ils hanteraient leurs proches. L'esprit serait ni plus ni moins que le reflet d'une âme à gué. Coincée dans le passage vers l'éternel, cette derrière ne pourrait ni revenir sur ses pas ni progresser sans l'aide d'un tiers. L'appel de détresse étant souvent mal perçu car peu courant.
Nombre de films y font allusion pour l'atmosphère assez particulière qui s'y développe. Ici, rien de cela. Personne n'a perdu sa vie. Les personnes touchées restent en bonne santé. Juste une impression, une sorte de sentiment qui les suit tel un halo de tristesse partout où qu'ils aillent. Encore heureux que cela n'est pas transmissible par simple contact sinon le monde entier serait contaminé. La contamination est maligne. La période d'incubation se réalise sans que l'on ne s'en rende compte, pas de malaise ni d'apparition cutanée. Quand cela vous prend à la gorge, il est trop tard. L'asphyxie guette. Souvent c'est au prix d'énormes efforts que l'on retrouve quelque peu la respiration. Une ventilation est conseillée.
L'émoi soulevé par cet état de désespoir profond voire de panique qui tétanise sans prévenir n'importe qui a de quoi suscité une peur bleue dans une population complètement aux abois. Le « moi perdu » comme l'appelle les docteurs constitue plus qu'un simple effacement de la personnalité, il représente carrément une altération tant physique que psychologique de l'individu, plus que jamais amoindri dans sa chair.
« Il ne vit plus » La conclusion fait froid dans le dos.
Le drame vient du manque de remède, les médecins se contentent de soigner les effets à dose de calmants et autres stimulateurs. En vain.
En rue la tension est perceptible. Amplifié par les masses médias, le phénomène prend des proportions gigantesques. La foule traque l'ennemi, la chasse aux sorcières sème la pagaille.
Dans la rue, les couloirs, chacun se croise en se demandant si l'autre est porteur. La méfiance gagne les esprits et corrompt les échanges. Plus personne n'ose sortir.
Le malaise est général, le pays au bord du gouffre.
Quand soudain. Eurêka ! Une nouvelle s'annonce des plus prometteuses. Une agence aurait fait une découverte sensationnelle. A l'entendre, ses chercheurs auraient identifiés les raisons du mal. Des dernières vérifications sont faites mais la publication en saurait tarder. L'attente sera longue mais l'espoir faisait vivre. Un paradoxe de plus !
Enfin, le communiqué est bouleversant. Le responsable de cet état d'abandon subit ne serait que l'individu lui-même. Le « moi » étant en relation avec une enveloppe charnelle, la personne constituant un tout. Le lien entre le corps et l'esprit étant symbolisé par une complexité d'éléments à la fois matérielle et spirituelle où l'âme une espèce de crochet double formé d'un S à l'endroit et l'autre à l'envers. Bref, le pendant entre le mal et le bien.
Dans le cas qui nous préoccupe, un S est manquant, c'est le chaînon fautif.
Résultat du mois on obtient le moi. De la soustraction, il en résulte un état délabrement dû au cumul des factures mensuelles à payer qui rongent le pouvoir d'achat au point de le rendre inopérant. Sans ressources, le consommateur aigri doit attendre la fin du cycle pour espérer vivre quelques heures avant de végéter à nouveau. C'est en se repliant sur lui-même pour faire ceinture le reste du temps faute de moyens de subsistance qu'il devient fauteur de troubles. Un réflexe f½tal qui le réduit à la plus simple expression et dont à la base du mal est en soi. Emoi d'automne.