Fils de paysan, je suis né chasseur. Conséquence, il fallut de longues études et un métier exigeant pour apprivoiser l'espiègle que j'étais. Sans honte ni regret, j'ai grandi dans la diversité, tirant surtout profit de mes échecs et confrontations. La déception et la colère faillirent l'emporter sur l'étudiant qui malgré les coups s'accrocha dans la tourmente aux racines. C'est en se tournant vers les siens qu'il put vaincre ses angoisses en gardant une âme de combattant. Il est vrai, qu'autour, la vie était loin d'être agréable. L'évolution technologique se réalisa au détriment des rapports humains. Et cela n'ira qu'en empirant.
Le progrès n'apporta pas le bien-être escompté, il imposa juste un rythme de vie infernal qui ébranle les gens dans leur chair. Le besoin d'argent, l'insécurité, le manque de dialogue et a fortiori de compréhension sont autant d'éléments qui déracinent les hommes et les femmes de ce monde au point d'en oublier de vivre. Quelle tristesse ? Car là, est le pire des maux.
Fragilisé, l'individu ne peut que courir d'un mois à l'autre pour dépenser d'avance un revenu rongé par l'inflation, une maladie hors du commun. A force de dérives, il perd son moi.
Et si l'homme marri s'oublie, il aggrave souvent son cas en reportant les torts sur l'épouse qu'il répudie, refusant à la femme l'objet d'attentions. Divorce et maltraitance font le ménage tandis que l'injustice et racisme deviennent monnaies courantes. Le constat de tous les jours.
Décrire une situation économique et parler des meurtrissures d'une enfant ou de la déchéance d'une mère, ce sont des propos qui soulèvent naturellement des questions et entraînent son lot de critiques. A cela quand c'est rendu de la sorte, le lecteur ne peut rester indifférent. Qu'il le veuille ou non, l'idée lui traversera l'esprit, la conscience lui rongeant les méninges. Personne n'en sort intact, l'effet étant trop pervers, l'incubation pouvant s'avérer longue. Face au danger, la société isole le mal, dénigrant l'auteur pour garantir la quiétude sociale.
Est-ce utopique d'aider l'humanité ?
Pas que je sache. Sauf peut être en littérature qui pour conserver ses lettres de noblesse se doit de rester confinée et fantaisiste, voire rose bonbon. La fleur d'une époque.
Je marche probablement à contre-courant en dévoilant la face cachée, celle qu'il plaît aux maîtres d'ignorer. Au risque de ne pas être publié, je persiste et signe car être, c'est paraître.
Vous me trouvez présomptueux ? Possible. C'est l'éducation. Mon ouvrage vient du c½ur par la force même des sentiments perçus. Les douleurs d'hier, les malheurs d'aujourd'hui et cette recherche permanente d'une situation meilleure procurent matière à réflexion. Ami des bois, des forêts aux bancs d'école, mon apprentissage ne s'est jamais terminé, puisque l'instinct du prédateur est resté intact. Ce qui a changé, au contact de la civilisation, c'est la maîtrise des pulsions. Imaginez, un loup en ville, combien sa vision des choses est différente.
Quel rapport avec l'art ?
Justement, tout est là. L'ivresse des sens, la jouissance du corps et de l'esprit, la recherche entre le bien et le mal pour gagner en béatitude, voilà le véritable challenge.
Futile et dérisoire me direz-vous ?
Evidemment, cela semble surhumain, déraisonnable voire ridicule pour bon nombre d'entre vous. Et je vous le concède. Je n'insisterai pas, je perdrais mon temps à essayer de vous convaincre. D'ailleurs, vous ne pouvez comprendre. C'est à votre voisin que je m'adresse.
Hélas, oui, il faut un minimum de culture, d'ouverture d'esprit pour réaliser combien il est urgent de réagir. Faute de quoi, c'est peine perdue. C'est en cela que mes écrits dérangent car il réveil une conscience enfouie sous les fondations d'un univers flamboyant mais impitoyablement hypocrite dans lequel l'arrivisme tue l'amitié. Une société de parvenus qui fait illusion avec une mesquinerie de bon aloi. Du pain et des jeux pour le peuple, voilà le programme des distractions. Un réflexe purement technique où la pensée est copiée collée.
Dans cette fiction, mes mots sont des armes, ils assassinent les préjugés et violent les intégrités par dérision. L'imagination devient le sujet préféré où je m'efforce d'amadouer l'indomptable. Le pire, semble-t-il, au vu des réactions parfois virulentes, c'est que j'y arrive. Cela signifierait-il que je touche à la sensibilité de l'âme ? Sûrement !
Point déloge juste une remarque. Je ne cherche pas à révolutionner le monde, seulement à aider ceux et celles qui désirent revenir à un mode de pensée plus terre à terre quitte à se déchaîner dans tous les sens du terme. Assumer sa sexualité, par exemple, c'est aussi aimer exister en prenant des risques, en osant gagner sur soi pour un meilleur épanouissement au travers un réel échange. La rencontre ne peut produire la volupté espérée sans l'essence même du plaisir, celui de donner sans rien attendre en retour. Or, le suivi éducatif et l'endoctrinement social ont souvent induit l'enfant en erreur, lui faisant porter le poids de fautes inutiles afin de le culpabiliser dès le début. De là, découlent bien des vices.
Depuis la naissance, les dès sont pipés. Dans cet enjeu de pardon éternel, l'individu expurge sur terre pour une vie qu'il n'a pas réalisée. Le chemin de croix se transforme en mascarade où il faut masquer faiblesses et sentiments par peur de l'autre. A ce stade, la première personne que l'on trompe, c'est vous. L'image l'emportant sur le fond, tout devient possible, y compris l'imaginaire. Le pouvoir de l'argent fabrique et vend du rêve à tire-larigot. C'est grave !
Cela signifie qu'un leurre nous tient hors de l'eau, sans quoi, c'est la noyade. Cruel aveu d'impuissance !que celui-là. Quelle hérésie !
La rançon de la gloire est ainsi faite qu'il faille se jouer des lois de la nature pour obtenir gain de cause. Le dépassement de l'autre est devenu machiavélique. Par extension, la morale n'a plus de limites. Les plus aguerris pouvant s'octroyer ce que d'autres s'interdisent. Un jeu de dupe de plus !
Alors, dénoncer ces états d'âme, c'est forcément recevoir une volée de bois vert. Des portes se ferment, et avec elles, des possibilités s'envolent. C'est sûr ! Mais se corrompre pour réussir n'est pas inscrit dans mes gènes. Aussi, je continuerai mon bonhomme de chemin qui n'a rien de comparable à une croisade mais reste mon fil conducteur. Celui de la lumière, celle que l'on découvre aux confins d'une forêt, dans une clairière en totale indépendance.
Voilà ce qui m'amène à vous écrire. De vous à moi, le jeu en vaut la chandelle.




