Après le beau temps, le ressac. Les réponses des grandes maisons d'éditions arrivent souvent ensemble, comme les hirondelles au printemps sinon que les nouvelles sont rarement celles que l'on attend Un mois grosso modo après le dépôt postal, le courrier revient au bercail avec une note sibylline qui vous explique leurs regrets de ne pouvoir vous accepter en leur sein. Certains vous renvoient le manuscrit, d'autres se contentent d'une seule missive accompagnée d'une invitation de défraiement. Sans quoi, c'est le pilon. Verdict sans appel, me direz-vous ! Pas vraiment car pour être honnête, la réaction était prévisible.
Même si le roman répond aux conditions requises, la signature anonyme que j'y appose n'est pas vraiment en mesure d'ouvrir toutes les portes, loin s'en faut. Sans relais ni recommandation sinon qu'une enveloppe timbrée, il est difficile de se faire un chemin au travers le dédale des convenances littéraires. Soyons réalistes ! Si l'on considère une vingtaine de propositions journalières, cela constitue un volume de quelque 5200 manuscrits par an pour une sélection relativement restreinte. La vie en librairie dure habituellement un trimestre. Il faut donc rentabiliser la sortie des livres au maximum. En tête d'affiche, une vingtaine d'ouvrages aux renoms assurés que complèteront une quarantaine d'autres dans des collections annexes, soit une production globale annuelle de quelque 60 titres. Le pourcentage d'en être est faible car la théorie loin de la pratique. En effet, la plupart des auteurs retenus font partie de l'écurie, ce qui limite l'entrée des nouveaux à quelques opportunités vite retenues. Il faut tomber à pic.
Le choix pour être favorable nécessitera une série avis circonstanciés, puisqu'au-delà du volet littéraire, c'est l'aspect financier qui primera en définitive. Car, ne l'oublions pas, l'éditeur est avant tout une entreprise, le livre un article. Il faut que le producteur ait confiance au produit.
D'où une sévère sélection. Du lot quotidien, les trois-quarts seront sitôt éliminés d'un seul regard dès les premières pages, ensuite un tri plus sérieux en ressortira une volée à lire véritablement. Après quoi, c'est le débat final, le jeu de la roulette.
Ce qui est certain, c'est que l'investissement au départ est lourd sans garantie aucune de succès. La mise à la disposition des libraires, le soutien publicitaire et l'abattage médiatique que la publication nécessite représentent un énorme effort tant budgétaire que matériel. Cela demande une impressionnante organisation. C'est du grand art !
C'est pourquoi, j'y crois. Personne ne peux m'enlever ce rêve de devenir écrivain parce qu'un jour, sur une table, une femme ou un homme a perçu dans mes pages, le texte dont son patron pourrait tirer profit. Le genre de réussite que l'on conte habituellement aux enfants pour le merveilleux de l'histoire. Oui, j'ai foi en mon étoile.
Est-ce présomptueux ? Non. Car j'ai les pieds sur terre. Je sais que la chance est infime, mais elle existe. En attendant, il y a d'autres éditeurs moins renommés mais tout aussi compétents qui n'affichent pas complet d'emblée. Il faut juste laisser le temps. Pour l'heure, je me satisfais du rôle d'auteur à la recherche d'une écoute plus grande, sachant que mon principal métier n'est pas l'écriture puisqu'employé dans une entreprise internationale, je m'y consacre qu'en soirée. J'ai donc tout le loisir d'attendre mon heure, étant donné que mon bonheur est déjà présent. Tiraillé entre le boulot et la famille, il faut faire un choix, suivre un programme qui définit la part de chaque domaine, suivant la disponibilité et les moyens des uns et des autres. Ce n'est pas évident. On paye beaucoup de sa personne. Mais alors, quand je lis certains ouvrages de mes fils, devant ces auteurs dits modernes, je me remets aussitôt à l'ouvrage, me disant que peut-être leurs propres enfants auront autres choses à se mettre sous les yeux que cela.
Et que peut-être demain, je serai en librairie, face à l'avenir. En effet, il n'y aurait qu'un de sélectionné que cela pourrait être le mien. D'abord parce que j'y travaille et ensuite parce que je crois en la chance des audacieux et persévérants. Un rêve au bout d'une plume...